Samurai_style

Samurai_style

jeudi 23 avril 2015

Race et Musique à l'aube du XXIème siècle

Avant propos : sujet difficile sur lequel j'ai essayé de m'amuser en cherchant votre écho rebondir sur les murs facebook. C'était surtout l'occasion de mettre en parallèle deux styles opposés mais au traitement visuel fraternel : violence et transposition de critères raciaux (in)conscients.

Rappel : ce blog n'a en aucun cas pour but de propager, défendre ou encourager un débat d'idées politiques (aussi dégueulasses soient-elles malheureusement)...


**


"Il n'y a rien qui, autant que les goûts en musique, permette d'affirmer sa 'classe', rien aussi par quoi on soit aussi infailliblement classé." (Pierre Bourdieu, "L'origine et l'évolution des espèces de mélomanes" in Questions de sociologie. 1978)


L'ère internet est certainement la nouvelle ère de l'humanité dans laquelle les goûts, les cultures, les avis se répandent à une vitesse encore jamais atteinte sur potentiellement chaque recoin équipé d'une connexion. Pourtant ses débuts furent délicats, toujours pétris par les vieux réflexes d'un artisan usé à la tâche. Un peu comme lorsque ma prof d'histoire de 2nde m'avait soupçonné de sympathie néo-nazie en raison de mon goût affiché pour le métal, elle évoquait les "hoi hoi" des concerts d'AC/DC... J'ose imaginer si elle avait su que le tube de Slayer parlait de l'infâme nazi Mengele : "Angel of Death".

Avec un tel titre d'article pas besoin de vous arrêter sur ce point godwin, franchit dès les premiers instants, la descente est à présent envisageable... moins le sommet est élevé et moins dure est la chute. En parlant de retombée, cet article a un caractère fort nostalgique dans la mesure où l'ère internet (rattrapage puis amerrissage) a réellement brouillé les pistes. Pas qu'internet d'ailleurs...


L'illustration au propre et figuré du titre de cet article... pas mieux.



What about a black Gandalf ?













En revanche, je sais déjà ce que vous pensez de Ritchie Blackmore, il avait pu dire au début des années 1970 que les teintes funky dans le rock amenaient à une "shoe-shine music"... Musique de noir, pour cireur de pompes...





La simplicité et l'honnêteté en moins, il ne faut donc pas oublier que l'entrée sous forme d'immiscion de la musique noire dans la musique (blanche du coup ?) a été délicate et sujette à un rapport de force basé sur ces représentations de la "musique colorée".

Je me rappelle du collège comme la prison dans laquelle chaque faction digne de OZ avait sa propre identité musicale, le metalleux fan de Kurt Cobain en cachette face aux cailles yaourtant le dernier 50-Cent.

Conformément à l'opinion que j'ai perçu des adultes de l'époque, il y avait donc deux formes de violence musicale à disposition : une pour les blancs et une pour les autres. Du moins c'est ce qu'il est largement possible d'intérioriser pour chaque néophyte ayant fait la rencontre d'une représentation visuelle d'un de ces genres extrêmes.

La musique a donc autant à voir avec la conception d'un univers mélodique qu'avec son rattachement à un univers esthétique et culturel. Or, cette dualité s'est peut-être élargie ou aggravée avec l'arrivée de la génération MTV. Un saut en arrière sur lequel je n'invite pas les lecteurs à faire un bond sur eux-même en voyant le mot "race". Ce gros mot est précisément choisi ici pour l'intensité qu'il évoque et pour mettre en lumière certains mécanismes de jugements qui s'abattent sur un groupe ou un autre. Et pour me la péter avec une référence à Claude Lévi-Strauss.

Retour sur ces mouvements visuels, lesquels ont encore une influence latente. Si vous n'y croyez pas, demandez vous ce qui vous choque/amuse dans cette image :


Le point godwin du jour


Le métal comme visage de la haine ?

De l'usage relativement diffus de symboles assez "polémiques" dans les groupes de hard/métal jusqu'aux passages à l'acte de tarés irratrapables, la haine est clairement une constance de ce genre. 


Même Gene Simmons a son badge SS

  
Présente sous plusieurs formes, les plus visuelles étant les plus dénoncées, elle confère au genre extrême cet aspect de défouloir pour les relais de morales simplistes et autres geôliers du goût.
C'est avec le néo-métal, catégorie sublime apparue au milieu des années 1990 et triomphante au début 2000, regroupant des artistes finalement peu proches, que la haine thématisée s'institue : Limp Bizkit, Slipknot, Korn, RATM, Rob Zombie, Marilyn Manson, Static-X, SOAD, Nickelback (non je déconne pour le dernier)... Tous ces groupes jouent, parlent ou s'exhibent assumant une violence revendicatrice.

 
Dieu ait pitié de leurs âmes


Munich 1939
Dès ce moment, fondateur d'une identité culturelle, il est trop aisé de pointer les "marginaux", les "violents", les fans de "musique de sauvages" etc... Ces opérations de marquage restent pourtant possibles tant qu'un visuel les porte. Autrefois porteur d'identité, parfois porteur de fantaisies, jamais travaillé sans réflechir à l'attraction qu'il produit sur un groupe prêt à le déchiffrer. Le métal n'est pas la musique des néo-nazis, des barbares en slip fourrure et rêveurs de vikings mais bien une extrêmité. Soyons d'accord pour considérer de manière minimaliste un genre extrême comme genre excluant le néophyte.


White power GRAOU

Ce nom de groupe est quasiment trop subtil pour passer inaperçu


Toute ressemblance avec des faits historiques est fortuite

Fuck la ligne Maginot
Brassards rouges sur tenues noires, casques prussiens sur aigle germain... C'est peut-être mon imagination mais en tous cas je passais pour un sacré merdeux avec tout ça, sans oublier les treillis de rigueur.
























One Love !

Alors certes tout cela n'est qu'un jeu, maladroit mais bon enfant. Inoffensif et purement imaginatif. Malgré cela il reste difficile d'imaginer un groupement "identitaire" se pavaner sur Dr. Dre ou même les gosses en bas des tours bouger la tête sur "Master of Puppets". Même si cette division n'explique en rien ces genres musicaux ou ne résume absolument pas les interactions sociales dans la musique, elle demeure un inconscient visuel évocateur et persistant.






Et bien sûr Nicki Minaj la rappeuse qui vient brouiller les tits...heu les pistes ("Only", 2014).
American History X (Kaye, 1998)

Le gentil Varg Vikernes, fondateur de Burzum et l'un des initiateurs du black metal.
Terroriste anti-chrétien, pyromane et apparemment partisan du FN : bim le mélange.


Le rap dans la lignée de la "musique noire" ?

Dès son origine le rap possède une nature revendicatrice, message de la rue ou simple témoignage du ghetto, ce sont les marges qui s'expriment avec leurs mots, leurs thèmes et leurs idées.

L'apartheid musical triomphant. J'attends toujours mon congrès de "musiques blanches"...

Il y a un certain ethnocentrisme caché dans la découverte et/ou le financement des ces "musiques noires" par les élites blanches de l'époque. Mais est-ce pour autant qu'il faut nier la filiation entre ces différents courants ? Si l'on s'y refuse, il faut bien admettre le rap comme extrémité de ce spectre. Aujourd'hui largement banalisé, presque dominant à l'échelle internationale,  comment oser prétendre que le rap serait un genre "extrême" ?

Peace les gars, moi je vais chercher une paire de baskets

N'a-t-on pas dit de Lui qu'Il avait inspiré la naissance musicale du rap ?

Les origines intéressent ici plus que les manifestations contemporaines, neutres car commerciales, commerciales car consensuelles, consensuelles car délavées (si vous suivez le jeu de mots) de cette musique.

Par exemple, comment voir autrement que par le prisme imposé, et revendiqué, de la couleur, l'émergence du Gangsta-rap ?

Niggers With Attitude. Point.

Le prochain tract du FN pour les présidentielles

Give it to me baby...












Et d'ailleurs cet élan était tellement conscient et assumé déjà à l'époque qu'il était tourné en dérision ! 

Sur la pochette d'Ice-T on retrouve illustrés les thèmes travaillés en boucle dans les médias : l'invasion du rap, musique violente (de sauvages), encourageant la drogue et le meurtre, dans les foyers blancs.

Dans le clip de The Offspring c'est la représentation inversée que l'on retrouve : "Pretty fly for a white guy"... Le petit blanc de banlieue se prend pour un gangster noir pendant tout le clip, la crédibilité à zéro et le plaisir au maximum.


Pour revenir aux fondateurs, le public attentionné et mélomane saura très bien reconnaître les influences puissantes en amont de tous les rappeurs G-funkers. Ces artistes étaient officiellement dans la "musique colorée", œuvrant avec virtuosité au service des films Blaxploitation... un genre cinématographique justement ouvertement "noir". 

Le réalisateur de Shaft, Gordon Parks, était connu comme photographe épinglant la ségrégation
et accessoirement comme parrain d'une des filles de Malcom X.

Délire controversé sur le dernier coup d'un dealer...
Gordon Parks Junior à la réalisation.







































Tupac : "I have a dream..."
Il est de grosse notoriété (avis aux attentifs) que Tupac était le fils d'une Black Panther, prenant souvent des positions médiatisées et cherchant à décloisonner le discours de la rue. L'impact légendaire du personnage est indéniable, jusqu'aux confins des guerres civiles africaines(*). On pourrait ne voir sur cette photo que la sensibilité américaine pour les "regroupements communautaires", simples manifestations d'un mode de vie basé sur la reconnaissance de cultures multiples. Or, la hiérarchie de ces cultures étant devenue un problème au cours des années 1960, chemin faisant au cours des années 1990 les rappeurs s'approprient des expressions clés "niggers", "boys in the hood", "Gs" etc. qu'il en devient difficile de les imiter sans être ridicule ou simplement parodié :


"Snoop Doggy Dogg hein qu'est ce qu'on attend ?" (2009)

Le lien entre l'expression musicale et ses revendications n'est donc ni anodin, ni innocent... tout comme l'était la compréhension de ce phénomène dans ses représentations visuelles.


Todd



**

Sujet bien extrême, pour lequel une tentative de conclusion serait dangereuse et malhonnête... Ne trouve-t-on pas des rastas blancs de nos jours ? Des bluesmen blancs ? Des chanteurs de métal noirs ? Des violonistes chinois(es) ?

"Surprise motherf**cker".
Citation de Derrick Green, chanteur de Sepultura depuis 1997

L'occasion de mettre un couvercle sur l'hypocrisie qui entoure le concept de "musique colorée" nous passe sous le nez. Simplement car il ne s'agit pas de redresser des torts mais d'ouvrir les yeux sur nos réactions primaires, nos affinités "naturelles", nos façons de penser le lien entre musique et identité.

Thomas_R