Samurai_style

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dimanche 20 avril 2014

Désirs de Chine. Partie 1 : les "gunfight dramas" de mon enfance

Je vous propose un article un peu plus personnel, plus libre, où je vais exceptionnellement parler de moi : un voyage dans le temps et dans un environnement visuel. Le voyage dans le temps reste mon activité préférée et de loin, on va dans un monde sans téléphone portable, sans facebook, sans google, merde yavait presque même pas d'internet.
Ce monde vous l'avez connu comme moi, en étant un enfant avec des pulls atroces, en regardant DBZ/Sailor Moon/Nicky Larson/Batman. Seulement, j'ai un souvenir un peu plus romantique et plus passionné de tout ça. Le but n'est donc pas de faire le vieux con à 24 ans, mais bien de faire ce que je préfère, ressasser l'innocence de l'enfance, cette période où les images nous racontaient beaucoup plus que les récits.

Ceux qui me connaissent savent que je peux rester bloqué devant des films assez longtemps en revisionnant à l'infini beaucoup de choses. C'est quelque chose qui me tient depuis la jeune enfance, j'ai découvert les films sur la TV (qui était "vraiment" un petit écran à l'époque comme vous vous en rappelez sans doutes) vers l'âge de 6 ans, fan de westerns dès mes 7 ans et à 8 ans découverte de la location de K7. Et pour un petit vidéovore en mal d'action, il y a une catégorie qui a très vite attiré mon cœur : les polars hongkongais. Faut dire qu'il y en avait pas mal qui passait le soir, c'était vraiment le seul moyen d'y avoir accès et d'ailleurs ces VF m'auront marqué à vie. Au vidéo-club de la place Camélinat, on pouvait louer ces films de Chinois, rien que sur la boîte on voyait des flingues et des explosions... jsais pas mais ça me tentait. Le réalisateur qui m'a vite rendu fou et qui m'a vraiment fait aimer le cinéma, c'est John Woo. Je l'ai découvert avec mon autre révélation de l'époque dans le film Volte Face (1997) et dans lequel le divin Nicolas Cage (c'est la révélation) explose l'écran. Castor Troy était sans conteste le plus badass de tous les méchants qui maniait des flingues dorés, avec la démence requise, dans un affrontement épique entre le Bien et le Mal... une légende inaltérable pour mes yeux de gosse.


Volte Face (John Woo, 1997)

J'ai découvert l'esthétique de John Woo à travers ses productions américaines, qui étaient contemporaines de mon enfance, comme Volte Face (1997) ou The Big Hit (1998). Le parcours de John Woo à Hong Kong, sur lequel je me suis penché tout récemment, ne me paraissait pas essentiel, après tout moi je bouffais toutes ces K7 juste pour les inoubliables scènes de "gunfight" que je repassais en boucle et que je jouais dans la cour de l'école sans complexe. C'est un univers où les gentils affrontent les corrompus et dans lequel la poudre parle toujours mieux au milieu des Triades, des "Big brothers", des flics torturés. Bref, une école visuelle de l'action.


A toute épreuve (John Woo, 1992)

Et pourtant, ce cinéma est né avec nous, il est fils des années 1980. A l'époque, Hong Kong c'était surtout les arts martiaux et les opéras, très populaires dans la perpétuation des légendes nationales. Or, à la fin des années 1980, John Woo et Tsui Hark sont des réalisateurs qui ont déjà un peu roulé sur la route du cinéma hongkongais et elle leur paraît plus que jamais circulaire. Eux, 40 ans pour le premier et 35 ans pour le second, ils veulent un cinéma inédit. L'acte de naissance c'est peut-être Le Syndicat du Crime (A Better Tomorrow, 1986), réalisé par J. Woo et co-produit par les deux, qui révèle la deuxième divinité de mon panthéon infantile : Chow Yun-fat. Ce dernier n'est que le second rôle du film mais il crève littéralement l'écran ("il a volé le film !") et John Woo en fera une icône du cinéma hongkongais avec The Killer (1989). Le "Big Brother Mark" avec son grand imper et son sourire va devenir le modèle héroïque des histoires de violence jusque dans la mode vestimentaire des jeunes hongkongais qui voulaient ressembler à "Brother Mark" en imper (voir Chow Yun-fat dans la référence à l'inspecteur Chen : "L'antinomie intangible de la paire de flics"). Voilà ce que dit John Woo dans les années 1990 à propos de la star de TVB (première chaîne de TV hongkongaise) des années 1970-80 :

"J'avais besoin de quelqu'un d'élégant et qui ressemblait à une sorte de chevalier moderne. Quand j'ai lu des articles à son propos, j'ai vu qu'il passait du temps à aider les gens, œuvrer pour les orphelins ou des choses comme ça et je me suis dit c'est lui qu'il me faut, c'est un homme avec un cœur... un nouveau type de héros qui me rappelait mes héros à moi comme Alain Delon, Cary Grant ou Clint Eastwood"

Il y avait plus que le goût du sang et du sifflement des balles, même si c'est ce qui m'a le plus marqué étant petit, mais un traumatisme des films de gangsters et de samurais. John Woo dira rendre hommage à Jean-Pierre Melville, qu'il admire apparemment beaucoup, avec The Killer ! Il met en scène des héros, des chevaliers, qui défendent au prix de leurs vies des codes d'éthique et des valeurs. L’amitié, la fraternité, la droiture sont ces choses belles et simples que John Woo voulait mettre à l'écran. Des héros d'un type nouveau, piégés dans un cycle de violence, qui cherchent la rédemption par la vengeance et qu'aucune corruption ne peut stopper. Ils s'élèvent envers et contre tout, se rebellent contre leurs employeurs, refusent des offres d'argents, pour défendre les faibles ou simplement leur honneur : "ils montrent la beauté qu'il y a en chacun de nous" dit John Woo. J'ai été récemment frappé de (re)découvrir cette figure poignante, et plus profonde qu'il n'y paraît, dans le personnage de Spike Spiegel, héros de la grandiose (un autre incontournable de mon panthéon de l'éternel) série animée Cowboy Bebop (1998-1999). Le rappel constant dans la série fait à la culture chinoise (sans compter un épisode incroyable sur le feng shui) et à cette atmosphère de Triades (les "Red Dragons" posent le décor à l'ascension de l'ennemi juré de Spike) est bien évidemment un hommage à ces films hongkongais qui ont marqué le renouveau du cinéma asiatique (d'ailleurs, le gunfight final dans Le Syndicat du Crime 2 -1987- sert de modèle pour le gunfight final de Cowboy Bebop -1998-).


Episode final de Cowboy Bebop (Watanabe, 1998-1999)

Il ne fait aucun doute que John Woo et Tsui Hark sont deux grands amoureux de Hong Kong. Cette passion se retrouve largement dans leurs imageries et ont créé chez l'enfant que j'étais un puissant "désir de Chine". Je dois aux univers colorés de ces films, aux atmosphères de Chinatown qui se dégagent de ces "gunfight dramas", ma passion pour le monde chinois et l'Asie orientale. Hong Kong c'était un refuge de liberté dans l'espace dictatorial du Continent chinois, la famille de John Woo abandonne d'ailleurs tous ses biens et s’installe à Hong Kong en 1951 (le Continent passe officiellement sous le régime du PCC le 1er octobre 1949) très certainement par peur du communisme. Ce petit morceau de Chine a la nationalité britannique, lieu d'une forte recomposition culturelle, bien que je n'y ai jamais mis les pieds, me semblait vivant dans ces films. Je voulais être proche de ce monde et j'ai commencé à amasser des petits butins d'encens, à m'attarder dans le Chinatown de Paris, à collectionner les bouddhas et les yin/yang avant mes 9 ans. Je n'en connaissais rien à cet âge mais ces images, ces rêves d'une Chine sauvage où se déroule un combat perpétuel entre des chevaliers armés, souvent des tueurs, et les Triades étaient plus forts que tout. Je crois que cette passion vient de ces souvenirs imagés, dont la création cherchait à mettre en avant une sorte de paradis perdu... le 1er juillet 1997. La rétrocession par la Grande-Bretagne à la Chine continentale, connue depuis une déclaration commune de 1984, fut un véritable choc pour John Woo qui signa un de ses "gunfight drama" les plus célèbres mettant en scène ce contexte : A toute épreuve (Hard Boiled, 1992). L'histoire se déroule en 1997, juste avant la rétrocession, dans une ville en plein chaos dans laquelle un flic et un tueur s'associent pour le meilleur. Fidèle à son style, il dépeint une inquiétude très forte et une angoisse qui s'emparent d'une ville ravagée par la guerre des gangs... Ce film sera le dernier de la "série hongkongaise" de John Woo, qui partira aux Etats-Unis dès 1992 après la sortie du film.


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C'est peut-être pour ces films que j'accorde tant d'importance aux "souvenirs imagés", à la sublimation de nos rêves dans des images plus fortes que nous. Elles marquent notre inconscient, nous construisent de manière naturelle et innocente. Essayez d'imaginer le petit Thomas devant ses K7, bavant devant sa collection qu'il a enregistré/accumulé de polars hongkongais frappés du triangle orange "interdit aux moins de 12 ans", il n'aurait jamais imaginé mettre le pied en Asie orientale à cette époque.

Loin des blockbusters américains qui ont également accompagné notre enfance (tous les Schwarzi, Stallone et j'en passe, j'en étais tout aussi fan), ces films hongkongais ont toujours eu quelque chose de plus. Pour un enfant c'est clairement l'exotisme qui se dégageait de ces images mais aussi que des thèmes classiques étaient finalement nettement plus réalistes. La loyauté dans les amitiés, l'honneur, la droiture dans un monde pourri sont des éléments dignes d'un conte ou d'un drama, mais ils n'ont jamais trouvé plus grande force que dans ces films terriblement pessimistes, imprégnés de tueries, sans happy-ending, dans lesquels la violence n'est pas un moyen mais bien une fin en soi. Les héros sont condamnés par l'impuissance de la bonté et organisent des vengeances violentes et sanglantes, des sacrifices chevaleresques et donc jamais inutiles. En clair, ils s'accomplissent dans les arts de la violence et de la fusillade acrobatique. Vous aurez remarqué l'importance dans les films américains de l'arsenal dont dispose le héros, qui va user de la violence comme moyen pour arriver à ses fins (ou le "mal nécessaire" décrit dans "La malédiction du pouvoir. Partie1"), la plupart du temps composé d'armes lourdes. L'opposition visuelle est tranchante dans ces films, c'est le pistolet, même plus souvent la paire de pistolets, qui est l'arme de prédilection de mes héros. Autrement dit, une puissance limitée mais qui se retrouve magnifiée dans la chorégraphie du ballet mortel qui se joue à chaque grande étape d'un bon "gunfight drama". John Woo et Tsui Hark n'ont pas seulement révolutionné le cinéma asiatique par un  genre nouveau, ils ont porté une nouvelle génération, une nouvelle façon de mettre en scène l'action, notamment avec l'usage précoce de la musique et du rythme, dans des films avec des budgets originellement plutôt limités. John Woo portait au fond de lui un profond "désir de Chine", et tout son environnement esthétique (réalisations et productions) en est imprégné, c'est en ça qu'il était mon "passeur d'images" de Chine.

Au lieu de m'attarder sur l'analyse d'images, cette fois je propose un petit diaporama de mes classiques "hongkongais" qui j'espère vous donnera envie de (re)visiter ces œuvres. Un voyage dans le monde du kitsch, de la nuit, des Triades, des clubs enfumés, des flics brutaux, des tueurs à gages, du fric, des hommes bons et simples enfermés dans un monde injuste, un monde où l'amitié devient chère et où la sublimation des combats ne cède pas à la loi des armes.
Enfin, j'espère que ce petit tableau aura réveillé l'enfant qui est en vous, celui qui peut rêver et se projeter jusqu'au bout du monde avec de simples images. En tous cas c'est l'enfant que j'étais, simplement séduit par les caractères chinois, la fumée des encens, les tueurs aux grands cœurs de ces films qu'il voulait jouer encore et encore.

Chow Yun-fat, Tony Leung et John Woo


Le Syndicat du Crime 2 (John Woo, 1987)

Un Tueur pour cible (Fuqua, produit par J. Woo, 1998)

Un Tueur pour cible (Fuqua, produit par J. Woo, 1998)
Un Tueur pour cible (Fuqua, produit par J. Woo, 1998)
Un Tueur pour cible (Fuqua, produit par J. Woo, 1998)
The Killer (J. Woo, 1989)

The Killer (J. Woo, 1989)

A toute épreuve (J. Woo, 1992)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

The Killer (J. Woo, 1989)

The Killer (J. Woo, 1989)

The Killer (J. Woo, 1989)

Une Balle dans la tête (J. Woo, 1990)

City On Fire (Lam, 1987)

City On Fire (Lam, 1987)

City On Fire (Lam, 1987)

City On Fire (Lam, 1987)

City On Fire (Lam, 1987)

City On Fire (Lam, 1987)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

A Toute Épreuve (J. Woo, 1992)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime 2 (J. Woo, 1987)

The Killer (J. Woo, 1989)

Une Balle dans la tête (J. Woo, 1990)

City on Fire (Lam, 1987)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)

Le Syndicat du Crime (J. Woo, 1986)
Fulltime Killer qui met en scène le bon tueur et le mauvais tueur, un classique hongkongais avec ce genre de couverture (To, 2001)
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