"Dans les années 1980 et 1990, la guerre de l'administration américaine contre le crime est parfois le prétexte d'une escalade de la violence publique à l'encontre des minorités défavorisées. On réduit les aides sociales, mais on finance des commandos paramilitaires qui terrorisent les quartiers pauvres.
[...] Le vrai danger que constituait l'exclusion sociale des minorités a d'abord été travesti en ennemi public fantasmatique, le 'Crime', pour alimenter un délire guerrier collectif qui excuse tous les excès jusqu'à l'assassinat des innocents."
Une bonne et donc effrayante description de la "guerre incivile" version ultra-libéralisme... par Jacques Généreux, économiste de la France insoumise, en... 2006 dans son magnifique ouvrage La Dissociété. Puisque la campagne présidentielle française a commencé, ça fait pas de mal si je commence par une citation de bonne augure. Et oui déjà dix ans que la critique ouverte et lucide de notre société entoure le candidat JLM. Fin de l'introduction partisane.
Alors on y est, depuis le 20 janvier 2017 du moins, autant passer tout de suite les réjouissances d'usage : oui, les ventes du roman 1984 de George Orwell ont explosé ! Un tel sursaut de civisme, de cynisme et de bon goût d'un seul coup c'est suffisamment rare pour être relevé et retenu. Mais bon, Donald Trump est-il (ou sera-t-il) vraiment Big Brother ? Peut-on vraiment se fier à cet enigmatique Emmanuel Goldstein pour nous décrire un monde strictement découpé en parties séparées qui se livreraient une guerre perpétuelle ? C'est là toute la question des vérités alternatives, je vous renvoie vers votre presse préférée qui fera sûrement un article sur le sujet.
Dans notre imaginaire visuel, il faut bien avouer que l'œuvre préliminaire du Président Trump n'est pas tout à fait originale. Bon un gros mur c'est certainement pas original, mais il faut bien trouver une cohérence conservatrice à cet amour de la barrière verticale. On dressera un panorama non exhaustif des images renvoyant aux idées de M. Trump et évidemment je ne prends pas le temps ni la peine de faire la critique sérieuse ici des premiers décrets signés par le président américain.
A vous de jouer à un jeu de références, trouver les vôtres ou réfuter les miennes, un jeu qui selon sa proximité avec le réel vous étonnera ou vous affolera... Mais quand même je vous rassure, il n'y aura pas de jeu avec Viktor Orban et Benyamin Netanyahou.
Le jeu s'appelle : "qui est Donald Trump ?"
Sans se rassurer, ni se conforter dans notre drama sorti des limbes les plus abyssales de notre imaginaire dystopique, il faut bien dire que 2017 ressemble d'avance à un mauvais scénario catastrophe peuplé d'acteurs mal intentionnés et sans direction artistique pour couronner le tout...
(La liste ne suit pas un ordre de préférence/importance)
1°) Donald Trump est (un gestionnaire cynique) POTUS dans Escape From New York (1981) de John Carpenter
Deux choses amusantes d'entrée...
De un, le film était un puissant manifeste politique de Carpenter contre l'Amérique à venir de Ronald Reagan, tout juste élu. Une vision cinématographique d'un délire conservateur sécuritaire poussé à l'extrême... Oui ça rappelle bien Donald Trump d'autant plus que les deux acteurs/présidents ont souvent été comparés dans les médias.
De deux, le président n'a pas de nom dans le film mais l'acteur se prénomme Donald Pleasence. Donald ! C'est drôle ! Nan... ok.
Dans ce cas précis, le mur est un rempart contre la violence qui s'est accélérée aux États-Unis. Hé oui ! Population carcérale en hausse constante implique un flicage en hausse constante ! Alors autant transformer Manhattan en prison géante avec un mur géant tout autour.
Il n'avait pas échappé à Carpenter que le projet sécuritaire des conservateurs impliquait nécessairement un certain usage de l'enfermement et de la répression. Du coup il dégomme le symbole lourd dès l'ouverture du film : les postes de garde situés au pied de la statue de la Liberté. Trop de puissance John.
2°) Donald Trump est (un autocrate en puissance) l'empereur chinois dans The Great Wall (2016) de Zhang Yimou
Bon même si je refuse toujours de voir le film pour deux raisons :
- Matt Damon
- C'est un foutu film sur la muraille de Chine pour arrêter des démons
Il faut quand même dire que le timing du film est dans le cadre de l'élection américaine, ça tombe bien c'est la première vraie production sino-américaine à destination d'un public "occidental" ! Ca doit être pour ça que Matt Damon se bat sur la muraille de Chine... Bref, sans commentaires filmiques supplémentaires.
En revanche, cette muraille bâtie sur plusieurs siècles, donc forcément œuvre de plusieurs bâtisseurs, est née d'une idée claire : il faut délimiter l'Empire. Un peu comme le limès romain, une fois la taille maximale atteinte, toutes les conquêtes possibles et envisageables accomplies, il faut défendre l'intérieur du territoire. Le mur est ici une simple barrière qui sépare physiquement la civilisation du barbarisme.
Et franchement, si les Chinois de l'époque ont pu être racistes à l'égard des Mongols, on peut bien réussir à faire avouer à Donald Trump qu'il aime pas trop les Mexicains, non ? En tous cas, dans l'histoire chinoise, muraille ou pas, c'est bien les Mongols qui ont fini par gagner et même s'imposer avec une dynastie toutefois courte et "sinisée" (Yuan 1279-1368). A quand un président américain d'origine mexicaine ? En 2020 bien sûr !
3°) Donald Trump est (un brave incompétent) le roi Théoden dans Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (2002) de Peter Jackson
Vous vous rappelez quand la communauté de l'anneau arrive enfin à sortir du territoire des gobelins... Quel périple, quel aventure et que va-t-il bien pouvoir leur arriver de plus ? Faire face à un roi dément contrôlé par le conseiller en communication le plus subtil de la Terre du Milieu. Bon ok il est ensorcelé alors il prends des décisions pourries... C'est normal !
Mais alors pourquoi, une fois guéri, au lieu de rallier ses forces au Gondor ou essayer de rallier l'armée de Eoden, il décide tout souverainement d'enfermer son peuple derrière une muraille pour faire face à l'invasion Uruk-hai ?
Le gouffre de Helm n'est pas simplement l'une des batailles les plus épiques de la saga, c'est l'acte par lequel la défense de la nation, car bien qu'humain le peuple du Rohan ne se confond pas avec le Gondor, passe par un combat acharné et surtout en sous-nombre. La forteresse, œuvre des mains de l'Homme, vient rappeler que même dans les temps difficiles, si l'on reste ensemble derrière un gros mur on aura plus de chance de passer l'épreuve du temps !
4°) Donald Trump est (un vieux raciste retors) Sir Alliser Thorne dans la série Game of Thrones (2011-) de David Benioff et D. B. Weiss

Le bon vieux salopard qui toise notre héros ténébreux a été de tous les combats, c'est un vétéran, son expérience inestimable n'a pourtant d'égale que son racisme envers les "sauvageons"... peuplade humaine située derrière le Mur.
Au temps des Premiers Hommes, c'est bien malgré eux et leur invasion du continent de Westeros en massacrant allègrement les Enfants de la Forêt et leurs divinités, que les ancêtres humains de GoT doivent faire face à la Longue Nuit. Une période de cataclysme où la Mort elle-même descend sur eux, quel fut alors le seul moyen de sauver à la fois le royaume naissant et l'existence même des Hommes : un gros mur en glace ! Bon alors ok le Mur est peut-être magique, peut-être construit par un Stark ou en fait on n'en sait rien vu que les évènements remontent à plus de 8000 avant l'histoire des livres et de la série.
Mais dans le temps présent, c'est donc l'enfoiré de service qu'on aime tous détester, Alliser Thorne, qui a le plus d'autorité après le décès du Commandant de la Garde de Nuit. Or, que veut Alliser Thorne ? Protéger le Mur car c'est son devoir sacré de frère de la Garde, contre qui ? contre tous les trucs derrière le Mur sans distinctions. Ici, le Mur est une barrière politique, qui distingue le royaume humain de la terra incognita, mais aussi un rempart identitaire pour définir le "Nord"...
Que se passe-t-il quand Jon Snow ouvre le Mur aux réfugiés climatiques de GoT ? Sans vous spoiler, je peux vous dire que Sir Alliser "Donald Trump" Thorne ne perds pas la bataille de la démagogie. Le Mur pose de manière crédible le problème des déplacements humains : sauvageons et Mexicains même combat ? Une fable qui nous rappelle que même confronté à ce qui fait précisément notre humanité, il est toujours possible d'agir comme un monstre.
5°) Donald Trump est (le paternalisme de tous les conservatismes) l'infirmière en chef Mildred Ratched dans Vol Au Dessus D'un Nid de Coucou (1975) de Milos Forman
Certes il n'y a pas d'entité proprement étatique dans ce film. Pourtant il y a beaucoup de politique. L'idée ici n'est pas de vous faire la leçon sur le contrôle politique des corps, la définition du sain d'esprit et donc de la Vérité en dernier ressort etc. Je vous laisse à vos lectures de Michel Foucault et au spectacle du film L'Armée Des Douze Singes (1995) de Terry Gilliam.
Quand un petit criminel se met à jouer les dingues pour éviter la prison, peut-il le regretter ? D'abord confronté à un phénomène de détente, c'est bien l'enfermement qui vient lui rappeler son triste choix... La liberté est plus proche dans l'asile que dans aucune autre prison qu'il a pu fréquenter mais il aura suffit de quelques écarts à la norme, à ce qu'on attendait de lui, pour que cette liberté lui soit à jamais retirée.
En essayant de montrer à ses co-détenus qu'il suffirait de percer le mur pour s'en sortir, il montre la voie à la quête de la liberté la plus simple et en même temps au constat le plus incroyable du film : personne ne veut vraiment sortir même s'il en a potentiellement le droit.
C'est que ce mur n'est pas un simple mur qui protège du danger. C'est celui de la norme, celui des attentes bienveillantes et du doux confort de la prise en charge autoritaire paternaliste. Pourquoi aller se ridiculiser devant des filles dehors quand on peut juste être gentil avec l'infirmière en chef Ratched quand elle anime une discussion ? En fait l'infirmière sait pourquoi vous êtes là, elle sait pourquoi vous voulez sa protection et elle sait aussi que ceux qui ont payé le mur sont ceux qui sont du bon côté du mur... Je crois que ma parabole est complète même sans immigrés ou sans frontières d'États.
6°) Donald Trump est (un amuseur qui se prend au sérieux) Christof dans The Truman Show (1998) de Peter Weir
Oui alors c'est facile, Christof est animateur de télé-réalité, exactement comme Donald Trump dans The Apprentice (2004) ! Christof veut créer le divertissement ultime, il veut que la vie elle-même devienne son objet et son sujet de mise en scène, il veut que Truman se comporte dans ce qu'il a et se conforte avec ce qu'il a. Et comment faire pour lutter contre la plus simple aspiration au voyage lorsque l'on enferme son divertissement dans un studio géant ? On crée la peur. Truman a une peur panique de l'eau, peur conçue et implantée dans son inconscient dès que cela fut possible.
A quoi sert le mur dans cette histoire ?
Ce mur où se voit dessiné un ciel et un horizon infini... Pour Christof, c'est le mur du confort, de la paix, de la sérénité et la limite ultime infranchissable pour maintenir l'illusion en vie. Son show comme son personnage, bien sûr en paradoxe de sa prétention à l'ultra-réalisme, ne sont que des illusions, des mensonges. Une vie tissée sur des mensonges et de la manipulation afin de proposer comme horizon ultime le mur. Durant l'histoire, le staff essaie continuellement de dissuader Truman d'aller voyager, à quoi bon voir autre chose finalement ? Tu as déjà tout ce qu'il te faut ! Un monde parfait, où tout le monde sourit et où ton boulot t'es accordé par la grâce d'un producteur, même sans en avoir conscience, c'est un monde qui a terriblement besoin de murs.
7°) Donald Trump est (une puissance trop dangereuse pour être négligée) les Israéliens dans World War Z (2013) de Marc Forster
C'est la version la plus simple et la plus directe. Comment faire pour stopper une vague mondiale de zombies : un gros mur ! Un peu sur le même thème que GoT mais avec le choix d'Israël on est sûr d'atteindre un gros niveau de débat pour pas cher.
Je m'étale pas, c'est relativement simple : intérieur vs extérieur ; humanité vs maladie ; richesse vs pauvreté ; problème d'immigrations etc. Le mur est ici tout droit sorti du décret signé par le président Trump : un outil pour garantir la sécurité du peuple, qui va filtrer les éléments nuisibles venus de l'extérieur afin de protéger une communauté renfermée sur elle-même et donc plus "cohérente". Le mur dans tout son bétonnage et toute son (in)humanité.
Bon alors vous avez trouvé le point commun ? A chaque fois, le mur est vaincu.
Ce n'est pas un top, c'est juste un exercice de style.
Thomas_R















