Samurai_style

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jeudi 3 avril 2014

Le cas d'école du Japon

Et bien oui en termes visuels, je pense que le Japon est un bon cas d'école pour commencer. C'est dans ce pays que j'ai eu l'idée de ce petit projet, en voyant les nombreux avertissements (sign) dans l'espace public qui représentaient des personnages versions "cartoons" pour toutes sortes de messages, même les plus tragiques1.

Les dangers de l'alcool !

C'est donc de ce pays riche en signes visuels que je vais partir sur le premier article avec un sujet qui m'est apparu pendant que je regardais le génial Dead or Alive 1 (Takashi Miike, 1999). C'est surtout afin de commencer sur de bonnes bases, le bon vieux jeu de mot, car oui on va parler du système éducatif japonais vu par sa culture populaire.








Trois images issus de la culture populaire japonaise retiendront mon attention ici : 

Akira (Otomo, 1988)
L'extrait d'Akira se situe dans le contexte d'une fiction apocalyptique et l'histoire se déroule en 2019, la violence a envahit la société japonaise jusque dans ses classes. L'école est présentée en introduction comme le dernier refuge des damnés de la société qui n'ont plus le droit à l'échec. A l'évidence, absence d'autorité et esprit de révolte sont les deux clés de cet échec. Le professeur est vieux, détourné de ses élèves et dans une posture mollasse. 
Les élèves jouent, dorment, rêvassent, discutent dans un amphithéâtre dégueulassé très certainement par eux. Le groupe de motards que l'on suit depuis le début de l'aventure se rend ici sans raison apparente à part subir un semblant d'intégration et un bon tabassage de la part du surveillant principal dans une scène qui suit. Enfermés dans le cycle de violence qui caractérise la société japonaise ravagée par le militarisme, c'est emplis de haine qu'ils quittent l'établissement.
DOA 1 (Miike, 1999)

Dans le film délirant de Miike, comme dans Akira, un seul passage se situe dans un amphithéâtre. Certes, ce n'est pas le point du film mais qu'est ce qui saute aux yeux : le vide. Nous sommes projetés dans la vue du professeur qui continue nonchalemment son cours à crever d'ennui face à un résidu qui s'endort pour la moitié d'entre eux. Aussi bien le sujet du cours (histoire du marxisme j'imagine) que le professeur en lui même semblent inadaptés à la situation malgré le bon vouloir de quelques-uns, c'est l'échec. 
Le protagoniste principal, le gangster Ryu, vient rendre visite à son frère, un jeune étudiant, c'est notamment Ryu qui finance la scolarité grâce à ses revenus de braqueur. La fin tragique du frère montre qu'il a fait un choix un plus qu'évident : défendre son honneur et venir se battre aux côtés de son frère au lieu de continuer à assister à des cours sans intérêt. 


GTO (série animée débutée en 1999, épisode 1)
Le professeur abattu fait face au désintérêt de ses élèves qui préfèrent bavasser ouvertement devant lui en l'ignorant totalement.
Les aventures d'Onizuka sont généralement bien connus des gens ayant vu le jour autour de 1990. Cette scène du premier épisode est fascinante à mon sens car elle condense le message du manga, qui, au delà du comique proposait une vision contestataire du rôle des enseignants. Lorsque le jeune Onizuka arrive pour son premier poste on ne connaît pas vraiment ses ambitions à part qu'il veut serrer de la lycéenne. Sa surprise est à la hauteur du prix qu'il en paiera, pas de supers canons mais des petits voyous arrogants complètement désintéressés par l'école et capables de violences. Ce point de vue est celui de l'ennemi juré de notre héros, le vice-directeur de l'école, qui traite les élèves défaillants de "déchets". Les autres enseignants qu'Onizuka croise dépité sont soient inconscients, intéressés ou désabusés... en tous cas sans aucune passion. C'est l'histoire de ce manga de nous montrer comment Onizuka va conquérir sa classe grâce à sa passion, clairement pas celle de transmettre des connaissances, et son envie de voir ses jeunes élèves devenir des humains responsables. 
Dans tous les cas c'est bien l'échec de l'éducation qui est mise en scène, et pas en décor, à travers de nombreux indices : la première expérience de classe d'Onizuka où personne ne l'écoute et même le menace quand il tente de rétablir l'ordre, le vice-directeur et les professeurs qui n'ont jamais d'interactions avec les élèves, la manière qu'à trouver Onizuka d'enseigner des valeurs est d'éviter à tout prix de faire cours, le fait que la réputation de l'établissement soit souvent mise en avant au détriment du reste etc.

Au final d'autres œuvres posent la même question avec une autre imagerie. 

Battle Royale (Fukasaku, 2000)
La société renverse la décadence par le bouleversement et l'autoritarisme absolu (le prof peut tuer ses élèves quand même) en rétablissant ainsi une hiérarchie qui aurait dû prévaloir dans la marche "normale" du système. Le film Battle Royale est aussi un choc en ce qu'il renverse le cliché d'une société japonaise apaisée et pose les termes du débat d'une manière radicale : la reconstruction par l'absurde de la société sur ses valeurs fantasmées.

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Trois formats très différents : film d'animation, long-métrage et dessin animé. Un constat : l'Education au Japon est un échec. J'ai d'ailleurs constaté personnellement dans le cas d'une université que les étudiants japonais passaient plus de temps dans les clubs/cercles à se socialiser qu'à vraiment suivre des cours ou même simplement étudier (la bibliothèque était un autre nom pour "dortoir"), cette vision fait écho à un reproche récurrent fait au système japonais plus axé sur la mémorisation que sur l'apprentissage. Si les statistiques de la réussite scolaire au Japon ne sont pas notre préoccupation ici c'est bien pour une raison simple, elles ne disent rien des images qui existent dans la pensée japonaise sur le sujet et donc des perceptions du phénomène. Par cette comparaison de différentes représentations de l'échec scolaire, étonnamment ressemblantes je trouve, on arrive à entrevoir une préoccupation, à mettre le doigt sur une fragilité qui s'éveille dans les années 1990.

L'idée de ce panorama n'est pas de montrer que l'école au Japon est un échec mais d'essayer de voir quelles peuvent être les lignes de l'inconscient japonais sur la question à travers sa production culturelle. Les trois images sont extraites d’œuvres de la culture populaire et doivent nous interpeller sur les questions/perceptions qui se posent aux Japonais dans des expériences visuelles a priori banales. L'intérêt d'un comparatif est bien de retrouver des thématiques communes, des tendances, des "photographies" de l'imaginaire collectif qui est peut-être autrement inaccessible.

Par conséquent ne vous méprenez pas, l'objet de ce blog n'est pas de proposer des conclusions tirées à la va-vite à partir d'extraits de productions culturelles populaires. Au contraire, c'est d'assumer modestement que les images ont un rôle à jouer dans notre imaginaire et que leurs interprétations variables mettent en relief l'arbitraire derrière chaque sujet dit "de société" autant que les réalités cachées. Il ne s'agira pas de s'en tirer à bon compte en "démontrant" quoi que ce soit par l'image mais au contraire d'essayer de les faire parler d'elles-même par une présentation personnelle ou, à défaut d'intéresser, d'inciter à une curiosité élargie sur ces produits culturels... n'est-ce pas au fond ça le début d'une réflexion pertinente sur nos contemporains ?

Thomas R.

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